Le Nyiragongo reste classé en niveau d’alerte jaune, soit vigilance, par l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG). L’activité volcanique actuelle se caractérise par un dégazage continu de vapeur d’eau et de dioxyde de soufre à intensité faible à modérée, sans panache de cendres notable ni débordement de lave. Le magma stationne à faible profondeur, ce qui maintient des paramètres géophysiques perturbés, mais aucune phase éruptive ouverte n’a été déclarée depuis l’événement de mai 2021.
Capacité de surveillance du Nyiragongo : un réseau sismique amputé
L’OVG disposait de douze stations de surveillance autour du volcan. Il n’en reste aujourd’hui que cinq opérationnelles. Les sept autres, dédiées à l’enregistrement des séismes volcano-tectoniques liés aux mouvements du magma, ont été démontées en raison de l’occupation des zones par les rebelles du M23.
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Cette perte affecte directement la résolution spatiale du réseau sismique. Avec cinq capteurs, la localisation des essaims de séismes sous l’édifice perd en précision : les marges d’erreur sur la profondeur et la position horizontale des sources augmentent. Nous observons là un paradoxe opérationnel grave : le volcan le plus dangereux d’Afrique est aujourd’hui le moins bien instrumenté de sa catégorie.
La conséquence directe porte sur les délais d’alerte. En 2021, le bulletin de l’OVG daté du 11 mai signalait des séismes hybrides sporadiques et maintenait l’alerte jaune. L’éruption du 22 mai est survenue sans montée en alerte préalable, prenant de court aussi bien les scientifiques que l’administration militaire en place dans le cadre de l’état de siège.
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Dégazage et activité actuelle du volcan Nyiragongo
Les synthèses hebdomadaires de volcanologie pour le secteur Virunga en 2026 confirment une activité de dégazage sans éruption. Les émissions de SO₂ restent mesurables mais ne présentent pas de pic anormal suggérant une remontée magmatique accélérée. Le lac de lave, autrefois permanent dans le cratère sommital, n’a pas retrouvé son niveau d’avant 2021.
Le maintien prolongé du niveau d’alerte jaune traduit une situation intermédiaire : le système magmatique n’est pas au repos, mais les indicateurs ne franchissent pas les seuils justifiant un passage en alerte orange (préparation à l’évacuation). Plusieurs éléments sont surveillés en continu :
- La sismicité volcano-tectonique et les séismes hybrides, qui traduisent les fracturations et les transferts de fluides dans le conduit
- Les émissions gazeuses sommitales, particulièrement le ratio SO₂/CO₂ qui signale un éventuel apport de magma frais
- La déformation du sol mesurée par les stations GPS restantes et par interférométrie radar satellitaire (InSAR)
- L’imagerie thermique satellite, qui permet de détecter une anomalie de chaleur au cratère même en l’absence de station au sommet
L’InSAR compense partiellement la perte des stations au sol. Les données satellites permettent de suivre le gonflement ou le dégonflement de l’édifice à l’échelle centimétrique, information décisive pour anticiper une intrusion magmatique latérale comme celle qui avait menacé Goma en 2021.
Éruption de 2021 : leçons pour l’alerte volcanique à Goma
Le 22 mai 2021, le Nyiragongo est entré en éruption vers 19 heures locales. Près de 30 000 personnes ont été évacuées dans la nuit vers Sake et vers le Rwanda. Les coulées de lave ont détruit environ 2 400 bâtiments résidentiels et causé 32 décès signalés par la Croix-Rouge de la RDC.
Les jours suivants, des séismes atteignant une magnitude de 5,1 ont été enregistrés sous le lac Kivu. Le 27 mai, le gouvernement a confirmé que les données de sismicité et de déformation du sol indiquaient la présence de magma sous la zone urbaine de Goma. Des fissures sont apparues dans plusieurs quartiers, dont Majengo, Mabanga Nord et Sud, Bujovu et Murara.
Le plan de contingence existant s’est révélé largement dépassé par l’ampleur de l’événement. L’OVG avait maintenu l’alerte jaune jusqu’au jour même de l’éruption, sans transition par un niveau orange. Cette séquence a mis en lumière un déficit structurel : la chaîne d’alerte entre l’OVG et les autorités civiles manque de protocoles automatisés.
Risque combiné : crise sécuritaire et surveillance volcanique en RDC
La présence du M23 dans la zone du Nyiragongo ne complique pas seulement la maintenance des stations sismiques. Elle affecte aussi l’accès au volcan pour les missions de terrain, la maintenance des capteurs GPS et le ravitaillement logistique de l’OVG.
L’ONU signale par ailleurs une superposition de crises dans l’est de la RDC, avec notamment la gestion d’une flambée d’Ebola qui mobilise les ressources sanitaires et logistiques de la région. Cette convergence de risques – volcanique, sécuritaire et sanitaire – réduit la capacité de réponse en cas de montée en alerte du Nyiragongo.

Le ministère français des Affaires étrangères maintient une recommandation formelle de ne pas se rendre dans la zone du Nord-Kivu. Pour les observateurs du volcanisme africain, le Nyiragongo reste un stratovolcan actif à haut potentiel éruptif malgré l’accalmie actuelle.
Que signifient les niveaux d’alerte volcanique au Nyiragongo
Le système d’alerte utilisé par l’OVG suit une échelle à quatre niveaux calquée sur les standards internationaux :
- Vert : activité de fond normale, pas de menace identifiée
- Jaune (niveau actuel) : activité au-dessus du seuil de base, vigilance renforcée, pas d’évacuation
- Orange : probabilité accrue d’éruption, préparation à l’évacuation des zones exposées
- Rouge : éruption imminente ou en cours, évacuation déclenchée
Le passage de jaune à orange dépend d’un faisceau d’indicateurs convergents : accélération de la sismicité, augmentation du flux de SO₂, déformation rapide du sol. Avec un réseau réduit à cinq stations, le temps de détection de cette convergence s’allonge, ce qui comprime mécaniquement le délai disponible pour une évacuation ordonnée de Goma et de ses environs.
Le Nyiragongo n’a pas changé de comportement fondamental. Son lac de lave sommital pourrait se reconstituer sans préavis long, et une intrusion latérale reste le scénario le plus redouté pour la ville de Goma. La surveillance satellite atténue le déficit instrumental au sol, mais ne remplace pas un réseau sismique dense pour détecter les signaux précurseurs rapides. Tant que le contexte sécuritaire empêchera la réinstallation des sept stations manquantes, le Nyiragongo restera un volcan sous-surveillé dans une zone surpeuplée.

